Aux portes de Naples, au cœur des Champs Phlégréens, la Solfatara est un cratère volcanique encore actif, dont les fumerolles, les émanations de soufre et les mouvements du sol liés au bradyséisme fascinent les hommes depuis l'Antiquité. Les Romains l'appelaient Forum Vulcani, le domaine de Vulcain, dieu du feu et des forges. Cette région volcanique, dont le nom signifie « champs brûlants », a longtemps été associée aux forces souterraines, aux prophéties et au monde des morts. Non loin de là, le lac Averne était considéré comme une entrée des Enfers, tandis que la Sibylle de Cumes, célèbre prophétesse d'Apollon, guidait Énée dans sa descente au royaume des morts, racontée par Virgile dans l'Énéide. La Solfatara est également liée à l'histoire de San Gennaro, saint patron de Naples, qui, selon la tradition, y fut martyrisé au début du IVe siècle.
À partir du XVIIIe siècle, la Solfatara devient une étape incontournable du Grand Tour, ce voyage de formation à travers l'Italie entrepris par les artistes, écrivains et aristocrates européens. Les paysages volcaniques des Champs Phlégréens, les vestiges antiques de Pompéi et d'Herculanum et la proximité du Vésuve nourrissent leur fascination pour les origines du monde et les forces de la nature. En 1787, Goethe visite à son tour la Solfatara et décrit cette expérience dans son Voyage en Italie. Au fil des siècles, peintres, graveurs et écrivains contribuent à faire de ce territoire un lieu emblématique de l'imaginaire européen, où se rencontrent histoire, mythologie et phénomènes naturels.
En 1988, Johan Creten passe à côté de la mort. Contre toute attente, il survit. Pour retrouver des forces et le goût de vivre, il rejoint Jean-Michel Othoniel à Naples. Dans la nuit du 31 décembre, les deux jeunes artistes parcourent une ville en fête où, selon une tradition populaire, les habitants jettent par les fenêtres les objets dont ils souhaitent se débarrasser, comme pour effacer les malheurs de l'année écoulée. Cette nuit devient pour eux le symbole d'un nouveau départ : oublier hier pour vivre demain.
Ce séjour est fondateur. Les deux artistes découvrent une ville où la vie et la mort, le désir et la douleur, la beauté et la violence coexistent en permanence. Naples, ville de contrastes et de métamorphoses, marquera durablement leurs parcours artistiques. Leurs œuvres respectives entretiennent dès lors un dialogue avec cet univers où la matière et sa transformation occupent une place centrale : le soufre, le feu, la terre, le verre, les perles, le sang et les corps. La Solfatara, avec ses phénomènes volcaniques et sa dimension mythologique, devient le symbole de cette fascination commune pour la transformation, la fragilité et la renaissance.
C'est en référence à ce lieu chargé d'histoire et à ce voyage décisif que naît LA SOLFATARA à Montreuil. En donnant ce nom à leurs ateliers et à leurs espaces d'exposition et de rencontre, Johan Creten et Jean-Michel Othoniel inscrivent leur projet dans une histoire partagée, où la création est indissociable de l'expérimentation et de la transformation. Un lieu pour penser, créer, échanger et transmettre, où les pratiques artistiques se rencontrent et où de nouvelles idées peuvent prendre forme.